« une chose facile à avoir en décembre, c’est du sang froid »

Que le temps passe vite. Il ne me reste malheureusement plus qu’un mois à survivre par ici.

Oui, survivre, parce qu’actuellement, il fait -18  ressenti -22 et il neige un jour sur trois. Apparemment, c’est inhabituel pour la saison. Merci Canada, je vois ça comme une dernière boutade pour fêter mon départ approchant.

C’est drôle parce que de France, quand on aborde le sujet sensible du froid québécois, nos poils se hérissent à la simple mention d’une température négative. -20 ???? Mais, tu ne peux pas sortir par cette température, j’espère que tu passes tes journées devant love actually à tricoter des couches culottes pour les enfants que tu auras avec Hugh Grant !  (je nourris toujours une obsession pour ce film à la période de noël)

Malheureusement, même s’il y a un risque qu’ils gèlent instantanément, la vie nous oblige à mettre nos orteils dehors. Et en fait, c’est pas si pire. Je dirais même cette phrase incroyable, qui risque de sonner comme une terrible imposture à vos oreilles : j’ai moins froid ici qu’en France.

L’explication est toute simple: en France, il m’arrive de lésiner sur les couches quand j’en ai marre de ressembler à un gigot, de faire péter les talons et le collant quand l’envie m’en prend, c’est à dire assez souvent, et de porter des manteaux un peu classes (traduction : pas chaud). En fait, en France, ce n’est pas grave si deux/trois jours par semaine, tu te gèles un peu le cul pour la bonne cause.

Ici, même pas en rêve tu oublies de mettre un gilet le matin ou de saisir ton écharpe avant de sortir. Ça fait partie de la routine matinale, aussi essentiel que de prendre sa douche ou de se laver les dents. (j’espère que c’est essentiel pour vous).

Mais le plus important dans le manuel de survie québécois, c’est d’avoir un manteau et des chaussures adaptés. Tout québécois qui se respecte qui veut vivre porte une doudoune encombrante avec de la fourrure sur la capuche (très souvent authentique) ou même tout autour du manteau et des chaussures très très moches.

La botte type que les gens portent ici.

La botte type que les gens portent ici.

Quand je disais encerclé de fourrures, ce n'était pas une expression...

Quand je parlais de fourrure tout autour du manteau, ce n’était pas une expression…

En bonne darwinienne, je me suis adaptée,  je sors tous les jours sans exception avec une doudoune vert bouteille et des grosses chaussures de randonnée. Il est clair que je ne suis pas à la pointe du sex appeal. Au début, c’est assez perturbant, presque frustrant. Mais finalement, j’aime bien: j’aime bien rentrer dans le bus, et voir tout le monde avec la même grosse doudoune, les bottes montantes, le bonnet avec pompon souvent à l’effigie des canadians (l’équipe de hockey nationale). C’est comme un uniforme qui traduirait ton appartenance au canada : on est tous dans le même bateau et on le sait. On est un peu moches certes, mais on est moches ensemble. Les personnalités et les styles s’effacent pour laisser place à la seule chose qui devrait réellement importer quand tu t’habilles le matin: cette ostie de météo.

«  la mode se démode, le style jamais «  et en réalité, je trouve ça drôlement stylé de ne pas avoir froid et de ne pas glisser. Hier, à l’occasion d’une party de bureau, j’ai voulu ressortir mes bons vieux talons, et quelle mauvaise idée j’ai eu. Le trottoir était devenu un parcours semé d’embuches, et ce fut un plaisir de les re troquer ce matin avec mes chaussures de trappeur.

Enfin, il faut nuancer, car tout bon propos se doit d’être en nuances, in fifty shades of grey. Le froid ici est agressif. Je ne ressens pas la même sensation qu’en France où quand on a froid, on se plaint 2 secondes pour la forme puis on se tait.

Non, ici, le froid m’attaque dans ma chair (et dans mon cœur et dans mon âme). Ma peau devient sèche, mes yeux pleurent et me piquent, mes jambes me brulent si j’ai le malheur de ne pas mettre un legging sous mon jean, l’intérieur de mon nez gèle (j’essaye de le dire d’une manière poétique), impossible de courir sinon l’air glacé te brûle les poumons (testé et non approuvé). Tout ce que le froid peut atteindre, il s’y attaque. Pas de pitié. Tu protèges ton corps à l’aide de cette doudoune bouclier ? Ça m’énerve beaucoup alors je vais reporter toute ma ferveur sur ce petit visage que tu laisses sans défense.

Je ne sais pas trop pourquoi ni comment mais c’est tout à fait supportable. Et puis j’ai hâte hâte de voir ma première vraie tempête de neige ce soir (entre 15 et 30 cm de neige prévue).

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De la cruauté du Canada.

Oui, honte sur moi et toutes mes futures générations, ça fait quand même bin le temps que je n’ai pas mis les pieds par ici. Et pourtant, il y aurait matière à clavarder des soirées entières à la lumière d’une guirlande de noel.

J’ai beaucoup voyagé dernièrement. Il faut se faire plaisir, ce n’est pas toute ma vie que j’habiterai à 6h de bus des plus fascinantes villes des Etats-Unis. Alors oui, je me suis offerte des petites échapées à New-York et Boston le temps d’un week-end, histoire d’humer l’air de l’est américain et de chambouler mon sens des proportions.

Mais j’ai décidé que je ne vous en parlerais pas dans cet article (plus tard si l’envie m’en prend). Peut-être un peu trop cliché. La touriste française qui vit au Canada (Zone francophone, il ne faut pas déconner non plus) part vivre son week-end américain, attiré par les lumières de Time square, et revient au bercail en disant que l’Amérique, c’est trop génial:  » J’ai mangé des cookies de la taille d’un burger et des burgers de la taille de…… (si quelqu’un sait à quoi on peut comparer un burger américain, qu’il me tende une perche s’il vous plait) , j’ai dépensé tout mon argent dans des achats inutiles, et j’ai regardé les gratte ciels avec des dollars étoiles dans les yeux « .

Ne te méprends pas America, I love ton activisme de la consommation, j’adule tes grandes avenues impressionnantes, tes tours au sommet desquelles on n’aimerait faire du saut en parachute, et même tes caissiers si chaleureux qu’ils tendent parfois vers l’hypocrisie.

Mais non, je ne ferais pas un article sur mon amour ambivalent envers cette nation.. J’ai envie de vous faire pleurer aujourd’hui. Enfin plutôt de vous faire rire… ou surement les deux. Parce que je vous connais, vous aimez rire du malheur des autres. (et même que moi, j’aime parfois rire de mon propre malheur, alors je vous pardonne cette médisance d’esprit)

Je pense que le Canada veut me tuer. Très sincèrement, je pense qu’un complot a été monté contre moi.  je suis arrivée ici en bonne santé, presque riche, pavée de bonnes intentions et d’amour pour le sirop d’érable. Mais ce dernier n’a vraiment pas été reconnaissant jusqu’alors.

Tout commence un 18 octobre, je veux m’acheter une glace, il fait beau (enfin je ne sais plus, mais ça va bien dans l’histoire), je commande un parfum qui a l’air plutôt sympatique et on commence à rigoler avec la caissiére parce je viens un peu trop souvent ici au point de faire ami ami avec le personnel. Ma glace est confortablement positionnée dans son cornet, prête à être dégustée, et la, c’est le drame : je n’ai plus un penny. La caissière, qui me kiffe trop, me rassure : t’inquiète louisette, mange ta glace tranquillos, et aprés, tu pourras aller retirer de l’argent et tu reviendras me payer. Je la prends dans mes bras.

Après la séance dégustation, je vole vers le distributeur d’argent le plus proche.Je retire mon argent, je vais payer ma nouvelle amie, et je retourne bosser, les papilles soulagées.

A 17h, je sors du travail, je m’apprête à prendre le bus quand tout d’un coup, je m’aperçois qu’il manque un truc bling bling dans mon porte monnaie: ma carte GOLD. Je sors du bus en panique, je réfléchis un peu, et j’en viens à la conclusion que la seule explication plausible est que je l’ai oubliée dans le distributeur. La banque est juste à coté, et je réalise qu’elle vient tout juste de fermer. Nous sommes vendredi soir. Je tape comme une malade sur la devanture en criant  » si quelqu’un est encore la, qu’il sorte de sa cachette par pitié« . Et heureusement, une employée de banque vient m’ouvrir par la porte de derriére. Elle m’explique qu’en effet, ici, certains distributeurs ne te rendent ta carte qu’APRÉS t’avoir donné ton argent. Et il faut même appuyer sur un bouton sur l’écran pour récupérer sa carte. Des distributeurs trés possessifs donc.

Ok, donc du coup, ma carte est surement dans le distributeur. » Tu peux me la rendre maintenant que tu l’as caliné une journée durant? »  Et cette conne me dit que non, ce n’est pas possible, il faut que je contacte ma banque. « Mais je comprends pas, et avec vos supérieurs demain, ce n’est pas possible? « Non non, désolé. Elle avait l’air de ne rien connaître sur le sujet et on pouvait lire sur son visage qu’elle n’avait qu’une envie, c’était d’enfin finir sa journée pour rejoindre ses copines aux foufounes électriques.

Elle me laisse dans un  désarroi total, et je me vois obligée de faire opposition. 12€ de frais d’appels à l’étranger plus tard, j’essaye de me calmer.  Je ne sais pas vous, mais ma carte bleue, c’est encore plus important que ma carte d’identité. Elle me donne un sentiment de sécurité assez paradoxal. Tout le monde sait qu’il est plus difficile de contrôler ses achats lorsqu’on règle avec sa carte bleue et pourtant,  je paye toujours TOUT en carte bleue, même le petit donut à 1 dollar. Peut-être que ça me donne une impression de pouvoir, de facilité, de négation nihiliste de la notion même d’argent… (Un bon sujet en dissert de philo ça)

Et à fortiori quand on est à l’étranger, toujours un peu seul au début, sans personne pour subvenir à nos besoins, la carte bleue est mine de rien un passeport pour la vie sociale.

Au début, je me disais que ça allait durer une semaine et que cette affaire allait être rêglée aussi vite qu’elle n’avait commencé. Sachez qu’aujourd’hui, 4 décembre jour saint et béni par le dieu LCL, je viens tout juste de recevoir ma carte bleue. 18 octobre – 4 décembre , c’est une longue période de disette si on la compare à mes 4 mois d’expatriation.

J’avais enfin reçu ma vraie carte environ un mois aprés l’avoir perdu. Sauf que, sauf que … Le petit facteur un peu concon avec son vélo n’a pas vu mon immeuble et a sonné chez le serrurier qui a exactement le même numéro que mon immeuble: Quoi? vous n’avez pas commandé de cartes? Ah ben, ils ont du se tromper d’adresse. Bon qu’une seule solution: retour à l’envoyeur…. ( Bon, c’était aussi un peu ma faute mais je n’en parlerai pas parce que tel un dictateur, je fais un tri des informations). Vous avez bien compris, alors que je la touchais du bout des doigts,  ma carte a retraversé l’atlantique. D’ailleurs, elle doit être encore en train de se balader quelque part en mer dans un vieux cargo rouillé. Tout comme moi, ma carte bleue aime voyager et prendre le grand air.

Mais le pire du pire DU PIRE , c’est de ne pas avoir d’argent ni de sécurié sociale quand on est malade.

Ca faisait 3,4 jours que je trainais une petite grippounette assez chiante, mais rien de très grave. Une sorte de conjonctivite aussi, qui un matin, s’est aggravée, au point que je ne puisse même plus ouvrir les yeux. Je savais ce que j’avais donc je fonce à la pharmacie (vous savez, l’endroit ou on vend aussi de la bouffe et des faux cils). Je demande si c’est possible d’avoir un antibiotique sans prescription, et comme par hasard, le seul antibiotique sans prescription est en rupture de stock. Obligation d’aller chez le médecin. Oh joie, je vais découvrir le  système de santé canadien.  Après tout, c’est comme aller voir un match de hockey,  c’est une opportunité inespérée de découvrir un nouveau pan de la culture canadienne. Je sens la jalousie poindre sur vos visages

Ici, il n’y a pas de médecins de famille comme en France, du moins tant que tu n’as pas une femme/mari et des enfants. Si tu vas chez le médecin, c’est la clinique sans rendez vous, un point c’est tout. Je rentre dans le hall d’accueil de la plus proche de chez moi , et je vois au moins 40 personnes d’origine très cosmopolite qui attendent dans une salle assez petite et glauque. Ambiance hôpital donc. Je me dirige vers la réceptionniste, je lui explique que j’ai une assurance privée, elle s’en fout, si je n’ai pas la RAMQ ( L’équivalent de la sécurité sociale au Canada), c’est 150 euros la consultation avec au moins 2h d’attente.

Je vais dans une autre clinique, qui me redirige vers l’hôpital juif (oui,c’est son petit nom, gravé en lettres capitales sur la devanture) qui est un des plus gros hôpitaux de la ville et shabatt shalom le samedi. J’atttends dans une salle pour me faire faire une carte d’hopital, et au moment où mon tour arrive, la dame m’annonce que c’est 132 dollars + frais du médecin à rajouter. Sympa l’hôpital, la santé pour toutes et pour tous, oui mais tant que tu sors le chèquier. Il vous faut aussi garder à l’esprit que je n’avais que 40 dollars en argent liquide, pas de moyens de retire de l’argent, que ma coloc dormait profondément, et que j’en avais plus qu’assez de la faire chier avec ces histoires de sous. Malade et pauvre, le combo gagnant. Ah, je partais aussi 3 jours après à Boston, et j’avais déja payé le voyage.

hôpital juif
Creepy…

J’étais à deux doigts de craquer (en fait, non j’ai craqué), j’ai commencé à pleurer devant l’hôpital alors que j’avais juste une pauvre conjonctivite et les internes passaient devant moi en pensant surement qu’on m’avait annoncé un cancer. Non les gars, j’ai juste une conjonctivité, j’ai pas de sécurité sociale et je n’ai plus d’argent, alors ouais c’est triste. ( Les conjonctivites, c’est vraiment horrible, parce qu’en plus d’avoir mal, tu sais que tu fais trop peur aux gens avec tes yeux rouges purulents et tu as presque envie de trouver refuge en haut d’une cathédrale, tel le bossu de notre dame)

Je vous passe les détails, mais finalement, je suis allée chez un ophtalmo très gentil dans un vrai cabinet, je n’ai payé que 77 dollars, et maintenant, mes yeux sont de nouveau tout beaux.

Je suis finalement partie à Boston, malade, sous antibiotique et doliprane, et la, je passe encore mon temps à tousser mais j’ai profité à fond de mon voyage parce que parfois, il ne faut pas trop s’écouter. Je suis même allée à la piscine parce que je n’avais pas envie de laisser mon corps me dicter ce que je ne peux ou ne peut pas faire. C’était peut-être irresponsable de ma part mais je savais que je ne revivrai pas ces moments la tous les jours, alors je voulais en tirer le meilleur parti. Et finalement, j’en suis revenue.

Oui, il m’est arrivé pas mal d’emmerdes durant ce voyage, certaines même plus sérieuses qu’une carte ou une grippe, mais ça forge le caractère. Ca te permet de voir que même quand tu as l’impression que tous les éléments sont contre toi, tu arrives à t’en sortir d’une manière ou d’une autre. Je n’avais plus de carte bancaire et plus d’argent, mais je me suis quand même débrouillée pour faire 3 voyages en l’espace d’un mois, et faire tout ce que j’avais envie de faire et je ne remercierais jamais assez mon banquier/coloc Nathalie Lengoc, qui m’a aidé dans la santé comme dans la maladie.

Vivre à l’étranger, c’est peut-être aussi ça, se retrouver dans des situations critiques sans pouvoir se reposer ni sur sa famille ni sur une culture familière, mais être fière de soi parce qu’on est parvenu à surmonter le problème. Je n’imaginais pas forcément mon voyage comme ça, mais je ris déjà de toutes ces péripéties en cavale que j’ai vécu.

Québec City

Ca y est, premier week-end où je ne vagabonde pas par-delà les frontières et les collines. Je reste à Montréal, je retrouve les joies de m’allonger sur mon lit, de contempler le plafond, et de penser au temps qui passe en caressant les moustaches d’un chat noir. (Je suis sure qu’on pourrait faire un tableau de cette scène et le vendre à Beaubourg à pleins de touristes japonais)

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Au début, on voulait l’appeler Brooklyn mais on trouve que c’est un nom un peu trop stylé pour un chat aussi con, donc maintenant, c’est Patapon. Mais vous même vous savez que plus un chat est con, plus on est fou de lui.

Alors le lendemain après Halloween et la fameuse soirée interdite aux moins de 18 ans, je suis  partie directement à Québec city. Mais après une journée entière de travail et seulement 4 heures de sommeil, sinon ce n’est pas drôle. Ah oui, parce que ces ostie de québécois sont un peu masos : ils s’enjaillent le soir d’halloween jusqu’à des heures indécentes, mais le lendemain, le jour des morts,  ben on va travailler…bien qu’on soit tous complètement morts. (mauvais jeu de mot). Point de jour férié pour les décédés.

Donc vendredi soir,  l’estomac lourd et les yeux pratiquement clos, j’ai testé l’aventure du covoiturage. Que des québécois dans la voiture qui allaient rejoindre leur cheum, leur blonde, ou leur mère pour les moins chanceux. Québec-Montréal équivaut à un Paris-Lille environ, sauf que la vitesse autorisée sur les autoroutes n’est que de 100 km/h, donc j’ai eu trois heures pour faire plus ample connaissance avec ces autochtones.  Eh bien, je n’ai pas été déçue. La conductrice s’en foutait complètement de ma vie et ne répondait à mes questions que par des onomatopées. Non, au lieu de ça, elle s’adonnait à la pratique du chant sur de la variété québécoise. Prenez tout ce qu’il y a de plus mauvais dans la variété française et vous obtenez la variété québécoise. Zaz ? Québécoise. Cœur de pirate ? québécoise. Roch voisine? Définitivement québécois.

RTL + coeur de pirate + Roch voisine = cocktail détonnant pour vous donner un aperçu de ce que j’ai enduré.

Pendant 3 heures donc, j’ai assisté à ce spectacle gênant d’une québécoise faisant ses vocalises sur du Céline Dion et toutes ses copines. Autant vous dire que j’ai très vite protégé mes petites oreilles fragiles. (J’entendais quand même sa voix nasillarde au loin, et dans ma tête, je pensais « Québec, je me souvien(drais)…. »)

Toutes les plaques d'immatriculation au Québec affichent cette devise étrange, qui signifie, en gros, que tout québécois doit se souvenir de prise d'assaut du Québec par les anglais et de tous les massacres perpétués. Sympa...

Toutes les plaques d’immatriculation au Québec affichent cette devise étrange, qui signifie, en gros, que tout québécois doit se souvenir de la prise d’assaut du Québec par les anglais et de tous les massacres perpétrés. Sympa…

Et Québec restera dans ma mémoire, en effet. Une très jolie petite ville entourée de remparts et très vallonnée. On se sentirait presque en France, dans un petit village mignon de Normandie, sauf qu’il n’y a  pas de vache, à part dans les hamburgers des nombreux fast food. La ville se divise en 2 parties : la haute ville et la basse ville, et ces dénominations  ne sont pas là pour faire jolies. Il faut monter des escaliers interminables pour passer d’un quartier à l’autre. Mais en contrepartie, il y a des points de vue magnifiques un peu partout dans la ville si on prend le temps de regarder. Et je remercie encore Lauren, Pierre, et Jules pour m’avoir hébergé dans leur humble demeure.

Voici quelques clichés :

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C’est aussi à Québec que j’ai vécu pour la première fois avec un québécois pendant deux jours, et les informations avaient parfois du mal à passer. les montréalais ont un accent, certes, mais tout à fait compréhensible. A Québec, c’est une toute autre histoire. Vendredi soir, je débarque dans la colocation avec ma bonne tête de frenchie et Jules, le coloc québécois me demande : y as-tu beaucoup de vin ? Mince, mince, il me demande si j’ai apporté du vin. C’est vrai que j’aurais peut-être du apporter du vin, après tout, je suis française, on n’attend qu’une chose de moi, c’est d’apporter du beaujolais nouveau en soirée.

Je lui demande de répéter, une fois, deux fois, trois fois, et puis, Lauren, frenchie numéro 2, vient à ma rescousse : heu il te demande juste s’il y a beaucoup de vent.

…. Ah d’accord, ok, moi c’est Louise, bonjour, ravie de te rencontrer, il y a en effet un vent à décorner les bœufs et promis, j’organiserai une dégustation de vins.

Et ça a été comme ça tout le week-end (pardon, la fin de semaine).

J’ai eu l’impression que les québécois sont encore plus gentils et spontanés que leurs homologues montréalais. A un moment, on mangeait dans un fast-food, et la serveuse vient nous demander si on a une belle écriture et le cas échéant, si on ne peut pas l’aider à écrire le menu sur l’écriteau. A Québec, on connait la valeur du travail collaboratif. Mais bon, vous connaissez mon écriture… A moins qu’elle veuille que le passant s’empresse d’appeler les autorités pour dénoncer un emploi de main d’œuvre infantile à la vue du menu, je n’aurais pu lui être d’aucun usage.

D’ailleurs, la délation, parlons-en. Au Québec (et dans toute l’Amérique du nord), cette dernière est totalement encouragée, ce qui peut paraître choquant pour des français, au vu de notre histoire. Par exemple, lorsqu’on est allé au parc d’attractions de la Ronde, des panneaux intrigants accompagnaient notre parcours interminable dans la queue. ATTENTION, SI VOUS VOYEZ QUELQU’UN DEPASSER DANS LA QUEUE , APPELEZ LE NUMERO : 514……. APPEL TOTALEMENT CONFIDENTIEL, CECI EST IMPORTANT. J’avais l’impression qu’il y avait un meurtrier dans la file d’attente et que nous devions tous rester aux aguets pour ne pas risquer notre vie.

Même problème lorsqu’on organise des soirées en appartement : les voisins ne prennent pas la peine de venir sonner à la porte pour demander de baisser le son, ils appellent direct les flics parce qu’apparemment, la communication est un concept dépassé pour un québécois qui entend 3 notes de musiques un peu trop élevées.

Voila, sur ce, je vous fait des becs et je vous raconterai NYC dans un prochain article.

C’est rhalloween

Aujourd’hui, nous sommes le 31 octobre, je parcours des yeux ma boite mail, attendant désespérément une livraison soudaine de travail par Outlook. J’en ai un peu marre de lire tous les articles de courrier international (Oui oui!) ou les typologies de pipis sur madmoizelle (Oui, aussi…), j’ai épuisé mon quota d’envoi de lettre de motivation mythomanes alors il ne me reste plus que cette page word à noircir de mes nouvelles aventures.

Si j’ai mentionné la date au début de cet article, vous vous doutez bien que j’avais une petite idée derrière la tête. Certes, ici, tout le monde s’échine à parler un français que ma bienveillance m’interdira de juger, mais on reste en Amérique du nord. Halloween, c’est une fête nationale et respectée de tous. Chacun y trouve son compte : les personnes âgées isolées reçoivent à nouveau de la visite, même si un risque de crise cardiaque n’est pas exclu, les mecs pensent qu’ils vont pécho à tout va,  parce qu’apparemment, on est toutes un peu salopes le soir d’halloween. Hé oui, dans les magasins spécialisés, qu’on voit à tous les coins de rue à Montréal,  on trouve surtout des perruques blondes peroxydées et des costumes de soubrette qui ne cachent, je pense, que la moitié d’une fesse. For halloween, slut up.

Moi, ça me fait bien rire parce qu’il fait déjà -1 degrés et qu’il faudrait me menacer pour que je mette un bout de cuisse dehors en micro-jupe vinyle. Entre ma santé et ma face cachée de slut qui attendrait halloween pour faire son coming out, le choix est vite fait. Et puis, désolé de vous décevoir les mecs, mais une fille bourrée le soir d’halloween, c’est la même chose qu’une fille bourrée classique, sauf qu’en plus, il y a risque de fond de teint blanc qui coule, de chute inopinée de faux cils, et de fausses toiles d’araignées qui s’accrochent partout et qui pourraient donner l’impression que votre truc n’a pas servi depuis des années.

Enfin, je vous repréciserai tout ça parce que ce soir, je vais à une halloween party. Cette semaine, je suis invitée à 5 halloween party (là, vous faites une tête impressionnée). En France, si tu ne fais rien le soir d’halloween, bah ce n’est pas grave après tout, tu a le droit de glander sur ton ordi en mangeant des pringles et en regardant un film d’horreur pour faire genre, et personne ne te jugera. Ici, le halloween party ( c’est le party en français québécois) est une institution : tu es obligée de sortir. De te déguiser. De boire. Même si tu as cours le lendemain. Surtout si tu as cours le lendemain.

Et moi, bah je l’avoue honteusement, je n’ai pas de déguisement. Psychologiquement, j’ai du mal à dépenser plus de 20 dollars pour un bout de tissu que je porterais juste pour faire rire la galerie. Hier, je me suis achetée des faux cils noirs et rouges, avec des plumes qui pendent, parce que j’ai toujours voulu m’acheter des faux cils. Et puis pour le coté slut. Moi aussi ce soir, je veux rigoler très fort aux blagues des garçons avec un accent américain de teenage pom pom girl. Mais sinon, pour le reste, je n’ai pas d’inspiration. (edit : je viens de m’acheter un boa orange hideux, même la caissière m’a fait remarqué que c’était un choix audacieux, mais j’ai décidé d’être une sexy pumpkin, comme la fille de how I met)

Ici, les déguisements d’halloween se vendent dans des endroits très improbables, comme les pharmacies. Oui, j’ai acheté mes faux cils de biatch au même endroit où je me recharge en doliprane, les canadiens aiment mélanger les genres. Les pharmacies, ici, sont assez spéciales : premièrement, elles portent le doux nom de Jean Coutu ou pharmaprix. Et on y vend de tout : bouffe, shampoing,  parfum, pompe pour lavement à installer dans sa douche, préservatifs drôlesques. Les exemples me manquent, mais j’ai eu le fou rire de ma vie dans un Jean Coutu en attendant ma coloc, malade comme un chien. C’est un fait : Les canadiens sont drôles, même dans la maladie et surtout quand ils occupent le métier de rédacteur de nom de laxatifs. Et surtout, surtout, chez jean coutu, on peut se trouver un ami :

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Les sites de rencontres, c’est beaucoup trop random. Maintenant, faîtes place à la pharmacie. Autour d’un gel douche, établissez le contact avec votre voisin et demandez lui si lui aussi a des plaques d’eczema. Ou alors devant des préservatifs trojan pour vous enquérir de ces impressions vis-à-vis de ce nom viking et barbare. Faites vous des amis à la pharmacie, c’est comme à la loterie. ( Je suis un peu moins douée en slogan qu’eux)

En tout cas, c’est une campagne de pub qui marque les esprits. De toute manière, les canadiens ont un tout autre rapport à la vente que nous : en France, dans les boutiques un peu haut de gamme, on apprend aux vendeurs à respecter le client et à lui laisser quand même une certaine intimité. Ici, les vendeurs te sautent dessus dès que tu rentres dans le magasin « Saaalut, comment ça va aujourd’hui, moi c’est Anna , si t’as besoin de quelque chose n’hésite pas». Heu oui, Anna on n’a pas élevé les cochons ensemble, éloigne toi un peu de mon espace vital je t’en prie. ( pense la Française désagréable)

Voila, maintenant la française désagréable va se remettre à son boulot désagréable et vous souhaiter à toutes et à tous un joyeux halloween, que vous soyez déguisé(e)s en prostituée du vieux lille ou que vous chopiez un(e) pharmacien(ne) ce soir.

Ne lis pas cet article avant de manger, il en va de ta santé.

Je vous parlais de la zombie walk dans un autre article, et vu que j’ai pris pleins de photos qui peuvent vous faire perdre votre foi en l’humanité, j’ai voulu partager ça avec vous.

Les photos sont horribles, certes. Mais ce qu’elles ne dévoilent pas, c’est à quel point les gens étaient habités par leur personnages. Des filles grognaient en me regardant d’un oeil mauvais, des hommes se battaient, d’autres se pavanaient avec leur progéniture et je n’ose même pas imaginer le nombre de psys qu’on doit consulter plus tard lorsqu’on fait sa premiére zombie walk à l’age de 3 mois. La pulsion morbide, Freud ne l’avait peut-être pas imaginée aussi réaliste.

En tout cas, j’ai un peu flippé, j’ai surtout bien rigolé, et c’est officiel : il y a des gens vraiment fucké à Montréal.

1 mois plus tard….

1 mois à Montréal.

Ca va faire 1 mois que j’ai vu le fleuve Saint Laurent pour la première fois à travers les vitres d’un cockpit.

Que j’ai un nouveau contact  dans mon portable qui s’appelle bus avec lequel j’ai des conversations longues et passionnées.

Que je mange dans des Food Court le midi en compagnie de cadres supérieurs tellement bilingues qu’ils speak français et English dans la même sentence.

Que je me nourris de faux Spécial K le matin qui me donnent envie d’alerter les autorités pour usurpation d’identité des croustillantes et délicieuses céréales françaises qui portent le même nom.

Que j’essaye désespérément de tutoyer mes collègues qui sont de 30 ans mes ainés parce que le « vous » est prohibé. A 20 ans ou 50, avec une rolex ou une swatch au poignet, sache que ton aura d’Homme accompli restera toujours traitée comme un misérable « tu » au Canada.

En fait, ça y est, la routine commence à établir ses quartiers au 564* côte des neiges. Je ne sais pas trop si je dois la craindre ou fêter enfin son arrivée. Mais bon, ce n’est jamais vraiment la routine lorsqu’on emménage dans un nouveau pays, à fortiori lorsqu’on fait un stage non rémunéré. Il y a ce temps d’adaptation, durant lequel on ne sait pas trop si on est la touriste Facebook du bureau du 28è étage qui se touche chaque matin devant la vue splendide, ou si on est bel et bien en train d’écrire un mail à valeur juridique en anglais destiné à tous les salariés de Danone.  Peut-être qu’il va tout bonnement finir à la corbeille ou si l’on reste optimiste, juste subir un sérieux ravalement de façade.

Mais les mails Danone un peu stylés, c’est pour les jours d’opulence. Jeudi, j’ai passé la journée à m’user les yeux sur des testaments pour voir à chaque fois si le lucky bastard en droit de s’amuser avec les billets verts des personnes décédées était le patron de mon cabinet.  Environ 200 testaments passés au crible,  allant de 1945 à nos jours, du parchemin scellé à la machine à écrire.  C’est assez perturbant de voir à quel point la mort, sujet tabou et sentimental par excellence, s’accompagne de détails administratifs agencés au millimètre près. On s’arme de prudence jusque dans la tombe. On se protège à l’aide d’une batterie de contrats contre l’irrationalité de notre échéance programmée, mais dans certains cas, ça frôle l’indécence.

Par exemple, ce monsieur qui avait prévu d’avoir des enfants mais qui a décidé, pour bien faire chier le monde, de faire un testament avant que ces derniers ne soient nés (Je suis sûr que c’est parce qu’il n’avait pas encore trouvé de femme qui veuille bien lui faire de gosses). Ce monsieur ne savait pas s’il voulait un enfant ou deux, ou trois ou cinq. Plusieurs cas étaient mis à l’étude :

-Si j’ai une fille et un garçon, 80% pour le garçon et 20% pour la fille.

-Si j’ai 2 filles et 1 garçon : 50% pour le garçon, et 50% à se partager entre les deux filles

Ouille. J’avais envie de rajouter sur la ligne : connard, et si t’as deux filles, tu fais comment ? Je propose qu’on donne tout à Ni Putes Ni Soumises (je ne connais pas d’autres organisations féministes engagées enragées , je m’en excuse)

Bon, à part passer mon temps à regarder des testaments,  je m’occupe de différentes façons : je perds ma carte bleue, je cherche des couettes , je vais voir des zombie walk, je fais la queue pour rentrer dans des bars bondés, je visite Montréal sous la pluie, et mes amis de France me manquent quand même.  ( peace love dédicace kikou jevouskiffe, venez à Montréal, il y a des billets à 400 euros et de la place dans mon lit, par terre, et sur le canapé… et dans le lit de ma coloc 😉 )

Je pense que c’est une expérience complètement différente d’être en stage et d’être en Erasmus. On rencontre beaucoup moins de gens, et surtout, il faut forcer les rencontres. Il faut se motiver pour contacter de parfaits inconnus et leur proposer un café, comme si je m’étais du jour au lendemain inscrite sur adopteunquébécois.com et que je cherchais un plan cul venu du froid. C’est que du fun, quoi.

Cet article ne sert à rien, juste mon petit pétage de cable interne du Lundi

Voila, je suis à mon stage et je suis présentement en train d’écrire un article sur mon blog. Que la foudre de Vulcain, Mercure, et de tout autre dieu partisan du travail acharné s’abatte sur moi.

En même temps, ce n’est pas comme-ci je pouvais y faire quelque chose. Je n’ai rien à faire.  Je suis arrivée ce matin, aussi fraiche et pimpante qu’on peut l’être un lundi matin après un week-end de cuite. J’ai gratifié chacun de mes collègues d’un bonjour enjoué «  salut, c’est moi la stagiaire qui ne fait que sourire et acquiescer parce qu’elle se sent fichtrement paumée »

Je ne suis pas une fille de bonne mœurs, j’ai décidé de prostituer mon sourire à une noble cause : compenser la vacuité de mes connaissances en droit canadien. Je ne sais pas vous, mais moi quand je me sens mal à l’aise ou en situation d’infériorité, j’affiche un grand smile.  Bienveillant, pour attiser la sympathie de mon interlocuteur face a mon ignorance. De séduction, on m’a toujours dit que j’étais plus belle quand je souriais, alors je tente de divertir mon audience  pour lui cacher l’odieuse vérité. Sois belle et fait oublier le reste.

« Everything in life is about sex, except sex. Sex is about power » . J’ai entendu cette citation d’Oscar Wilde dans un episode de  « House Of Cards » , et elle a interpellé mon oreille salace.  En fait, prononcée par le génial Kevin Spacey et sous l’œil de la caméra de David Fincher,  n’importe quelle connerie du style « have sex and eat apple  » se draperait d’une aura mystérieuse, pertinente et  serait prompte à une analyse « thèse/ antithèse /synthèse ».

Mais c’est comme ça, c’est cette phrase là qui m’intrigue et pas une autre, même si on enlève la voix caverneuse de Kevin Spacey la susurrant d’un air froid et sadique à sa jeune proie. Nous utiliserions tous le sexe pour parvenir à nos fins. Partout ou il y a négociations, compromis, et poignées de main, le spectre du sexe flotterait en contrebas, comme un gaz nocif prêt à empoisonner notre lucidité.

Dans Mad Men, série parmi les séries qui illustrent le monde opaque du business, Don Draper, responsable créatif dans une agence de com, a brillé de performance pour décrocher le compte Jaguar : présentation impeccable et percutante, idées novatrices. Mais au final, seul le sacrifice de Joan, secrétaire plantureuse qui cède aux avances du respo com’ de Jaguar, fera la  différence. Tout le reste n’était qu’agitations vaines. Le sexe paye, le travail non.

Et pourquoi donc ? Parce que selon notre bon vieil oscar (vraiment wild ce mec ), le sexe, c’est le pouvoir. Je ne sais pas s’il y a une petite touche machiste contenue dans ces paroles du style « ça y est, je t’ai fait ta fête, tu as aimé ça, et tu en redemanderas jusqu’à ce que je décide de te jeter ». Mais bon, je n’ai pas l’impression que le sexe donne du pouvoir, que ce soit pour l’homme ou la femme . Je ne vais pas argumenter sur ça parce que je viens d’essayer et en fait non. Je ne vois pas trop ce que ça a à faire sur mon blog, tout comme cet article en général.

Au lieu de ça, je viens d’arriver à la conclusion somme toute logique que passer une journée devant un ordinateur sans rien faire, ça doit sérieusement altérer mes capacités de jugement pour que je me mette à parler des jeux de pouvoir dans le sexe sur mon blog sur un ordinateur de bureau dans un cabinet d’avocat. Mais avouez que c’est plutôt audacieux.

Bon, il est 16h26 et dans une demi-heure, je pourrai en toute légitimité descendre les grands ascenseurs du 28è étage de ma tour vers le rez-de-chaussée et m’offrir la liberté de vagabonder dans des rues trempées par l’orage qui vient tout juste d’éclater. Dans cet ascenseur, je croiserai le chemin d’hommes d’affaires, beaux et costumés. Ils me diront bonsoir en levant à peine la tête. Je me regarderai dans la glace et maudirait mes cheveux.  Nous vivons de 9h à 18h sous le même toit, et pourtant, tout nous sépare. Peut-être qu’un jour, j’aurais envie de cette vie, et j’espère pour moi que ce jour arrivera bientôt.

En attendant, tout ce que je veux, c’est me lever de mon siège et aller manger un cookie. Le reste, on verra plus tard .

Le jour où j’ai failli mourir dans un parc national québécois

Dès le premier jour où j’ai franchi la frontière, j’ai voulu partir m’encanailler dans une tente Quechua, faire des bêtises avec un barbecue sur une vallée verdoyante , et finir par vivre en harmonie avec les ours et leurs petits-enfants. Oui, je sais, les rêves d’un canada en tant que dernier empire de la nature sur l’homme, on en meurt si on les prend trop au sérieux, Christopher Mac Candles ne peut plus en témoigner.

Alors avec ma partenaire de vie Nathalie, on a pris notre courage à deux mains, et on a décidé de réaliser nos fantasmes d’aventurières,  faisant fi de notre incapacité à appuyer sur une pédale de frein. La voiture, symbole vicié de la vie citadine, n’aura pas sa place dans notre quête vers un retour à  l’état sauvage.

On fait moins la fière au moment de partir

On fait moins la fière au moment de partir

Bon plus clairement, on a pris un bus pour aller dormir dans une forêt. C’est tellement plus roots, underground,… je dirais même bobo. Après 3 heures et demi de bus pour parcourir 150 km (mais avec 2 bus différents parce que sinon c’est moins  drôle), nous atterrissons dans notre auberge de jeunesse. J’ai l’impression de revivre mes années colo, c’est rigoulo, je bois café sur café, sauf qu’ils sont aromatisés à l’alcool de sirop d’érable. (Ça s’appelle du sortilège et c’est même sa vraie appellation, pas le petit surnom qu’on lui donne quand on est bourré). Le lendemain, on attend encore un bus au milieu de nulle part, parmi les pins qui déclinent sur chaque versant leur camaïeu automnal. Non , je n’ai pris pas de weed (qui se fume complètement impunément dans les rue à Montréal soit dit en passant) c’était juste vraiment beau .

Arrivée dans le village montagnard le plus disneyland du monde. Ce dernier a été construit de toute pièce en 1990 pour accueillir les montréalais en manque d’arbres et de sensations fortes. Sur la « place du village », il y a des hauts parleurs sur les lampadaires diffusant du Miley Cirus à qui veut bien l’entendre ( et malheureusement aussi pour les autres) et une télécabine qui t’emmène au sommet du village.

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Après cet épisode enchanté dans le monde merveilleux de la montagne édulcorée , nous partons à la conquête de la vraie nature, celle qui prend aux tripes et fait travailler l’imagination si on a le malheur de se perdre dans ses bras tentaculaires juste avant que la nuit tombe.

On prend  alors un dernier bus, prêt à quitter les lumières de la ville .  Au début, on rigole, on admire  les paysages,  s’extasiant de notre futur barbecue composé de Wings et de merguez transgéniques…. Comme au début d’un film d’horreur, quand ils sont tous bien trop heureux et amoureux pour que cette histoire se finisse bien.

Il n'en restera plus qu'un à la fin...

Il n’en restera plus qu’un à la fin…

Arrivé à la réception, la dame nous demande le numéro d’immatriculation de notre voiture. Heu non, on est des durs, on se déplace à la force de nos pied. Au vu de sa mine désolée, on comprend que c’est plutôt notre force mentale qui sera testée.

Dois-je vous préciser que mon accoutrement se compose  d’une chemise à carreaux, d’un jean desigual, de baskets montantes avec de la dentelle, et d’un sac Adidas de sport emprunté, que j’ai transformé par un tour de magie en un sac à dos qui me lacère les épaules? C’est fort dispendieux d’aller faire du camping en bus, acheter le bon équipement est un luxe que je n’ai pas cru bon m’autoriser.

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Nathalie est déjà un tout petit peu plus équipée que moi

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La dame nous annonce que nous allons devoir faire 20-30 minutes de marche avant d’arriver à l’emplacement de la tente, mais que ça serait une jolie petite randonnée. La fleur au fusil, nous avons hâte de débarquer dans notre tipi tout aménagé (avec chauffage!). Je n’ai même pas honte de l’avouer, on a fait du faux camping mais vu à quel point on a souffert pour y arriver, je considère que c’était du camping hard core, mud day style.

Arrivons-en aux faits : à l’intersection entre 2 chemins, on ne savait pas où aller et Nicolas s’empare de son téléphone pour appeler la Sepaq ( les rangers) à la rescousse.  Ils nous disent de suivre la voie B tout du long . Je pense que je détesterai maintenant toute ma vie la lettre B. Badant, battre, boue, bave, b***, que ces mots sont moches. (j’aime bien passer pour une lesbienne TMTC private joke)

La Sepaq ayant pour nous le même statut que Dieu au sein de cette forêt dense, nous suivons aveuglement sa bonne parole. Au bout de 25 minutes de marche, personne n’osait parler mais tout le monde pensait la même chose: ce n’est absolument pas normal qu’on n’ait croisé aucun campement depuis le début. On arrive devant une carte et là, effondrement généralisé, pleurs intenses, et crises cardiaques : nous sommes partis dans le mauvais sens. Enfin, plutôt ces enculés de Dieux de la forêt nous ont fait prendre le mauvais chemin. On n’est tous pas très fort en calcul mais on réalise que 25 mn pour retrouver le point de départ + 25 mn pour arriver à la tente = 50 minutes. Il est 18h45, nous avons  une bonne heure de marche devant nous, pas beaucoup d’eau, tous au moins 8kg sur le dos ou dans les mains, et nous ne savons absolument pas si la direction que nous prenons nous amènera à bon port. Ca y est, les minutes de bonheur intense du film d’horreur sont passées, on rentre dans la partie ours affamés et spectres de la forêt .

Heureusement, au bout de 15 minutes de marche, je vois … du goudron. J’hésite à m’étendre sur l’asphalte tant je souhaite qu’une voiture s’arrête.  Au bout de 10 minutes, un conducteur passe et ALLELUIA, sa voiture est vide, il allait justement au camping, et bien sur qu’il peut nous amener. De toute manière, il y avait tellement de détresse dans ma voix que dans le cas contraire, ça aurait été de la non-assistance à personne en danger.

On arrive enfin devant notre tipi, il fait nuit noire et j’aperçois un cadenas sur la tente. Tout le monde pose ses affaires et j’ai un mauvais pressentiment : je ne me souviens pas que la dame de la réception nous ait donné une quelconque clé. 

Nathalie, tu as les clés?

Heu non, je n’ai rien du tout

……

…………………..

Putain .

On appelle la Sépaq, mais bien sûr , plus personne ne bosse à 19h. Je pars déranger nos voisins au milieu de leur fondue savoyarde, et je leur explique notre cas désespéré et désespérant . Pas de cadenas, pas de voiture, pas de chocolat, pas de toit sur nos têtes pour ce soir. Elle nous dit que normalement la SEPAQ  décadenasse toujours les tentes qui sont louées et met les clés à l’intérieur de la tente pour leur arrivée. Apparemment, un petit con se serait amusé à refermer le cadenas, car les clés étaient en effet à l’intérieur. Il a vraiment choisi les bonnes personnes ….

Cet article commence à devenir beaucoup trop long et je pense que tout le monde en a marre des aventures de Louise au camping alors j’abrège: les voisins nous ont amenés en voiture au centre de découverte, on a trouvé  Mr passe partout qui passait l’aspirateur dans l’épicerie de la Sépaq, le seul truc encore ouvert à 19h, on a pu faire un feu, manger nos wings, et dormir avec du chauffage. Nous vécûmes heureux et nous déconseillons d’ avance à tous les enfants que nous aurons de tenter cette expérience.

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La joie de l’acclimatation

Voilà bientôt deux semaines que mes pieds ont foulé le sol canadien. Je colonise ces terres hostiles de mon non accent parisien et de ma dévotion au combo vin/fromage.  Tremble Canada, Louise est là.

Et bien le Québec a eu raison de mes addictions. Je n’ai pas bu une goutte de vin depuis que je suis arrivée, rapport aux 12  dollars (+ taxes !) que je devrais débourser pour m’enivrer avec une bouteille de bien piètre qualité. Quant au fromage, le cheddar a malheureusement remplacé mon camembert odorant, laissant un goût d’Amérique fade sur mes lèvres que j’apprécie moyennement.  Mais bon,  je me shoote en fin de repas au Philadelphia et pain de mie, et c’est plutôt pas mal.

A Montréal, on est en Amérique sans vraiment y être.  Le fromage coûte cher, le gruyère râpé n’existe pas (Ok, il y a du cheddar râpé mais je vous promets que c’est une immense esbroufe), le cookie subway  est à 50 cts, ce qui justifie qu’on  en prennes au moins 3 à chaque fois, juste parce qu’on ne veux pas être dépaysé du prix français ….. MAIS ça parle le françois.

A partir de maintenant, j’arrête de parler de bouffe, ça me donne faim

Aimer le français tu devras. Voila un des 10 commandements du québécois patriote: Bien que pratiquement tous les québécois soient bilingues, il existe une loi qui oblige chaque document /panneau en anglais à être traduit également en français.  Finalement, dans la rue, on entend très souvent des gens parler anglais et la frontière avec les Etatst-Unis n’est qu’à 30 minutes en voiture. Mais les québécois aiment leur langue , et ils ont bien raison parce que ça les rend fort sympathique.

J’ai eu plus d’une semaine pour essayer d’analyser cet accent déroutant qui chatouille mes oreilles à chaque coin de rue,  et force est de constater qu’on s’y habitue et qu’on n’en viendrait même par se laisser séduire.  Tout le monde te tutoie, tout le monde est ton pote, tsé lo.  Tu prends des joyeux festins au mac do, tu bois des bières boréales en terrasse servie par un commis ( le vendeur/serveur du Québec est un commis) en appréciant les derniers rayons de l’été indien , et les opérateurs téléphoniques répondent à tes appels de consommatrice en colère à l’aide d’un «  Bonjour, comment puis-je rendre votre journée magnifique ? « ».  Sourire béat, les oiseaux chantent et le soleil brille.

Dans vos têtes de français apeurés par la pluie et la neige, le canada est un pays  qui vit constamment avec une doudoune sur le dos, en témoignent vos messages d’inquiétude pour savoir si je n’ai pas trop froid . Pour l’instant, il a fait plus beau qu’en France mais merci quand même de vous soucier de ma santé. Il est vrai que les écarts de température sont assez intenses. Le premier jour où je suis arrivée, j’ai dû sortir le manteau tellement il caillait.  5 jours après,  j’étais en short et T-shirt, en train d’essayer vainement de  colorer ma peau blanchie par les méfaits d’un été citadin. Et à Paris? Bah il pleuvait.

Le canada n’est pas uniquement hostile en raison de son climat qui ne sait sur quel pied danser. C’est un véritable zoo à grandeur continentale, qui  grouille de ratons laveurs obèses, d’écureuils malicieux…. et de putain de guêpes féroces.

Un nid a élu domicile dans la chambre de ma coloc’ et chaque matin est ponctué d’un « j’en ai défoncé 3 cette nuit » .  Un jour,  on a même cru avoir tué la reine tellement elle était grosse, méchante , et pleine de liquide tout sale (miel ou sperme de son compagnon ?).

Ok, il est temps que cet article s’arrête mais sachant que j’ai la phobie des guêpes, j’avais besoin d’en parler. Merci de m’avoir écoutée.

A bientôt! Ce week-end, je pars dans un parc national en bus (Oui en bus… le permis est encore un saint graal lointain ), mardi je commence mon stage, et aujourd’hui, c’est l’anniv de ma coloc préférée nathalie !

La joie de l’arrivée

Ca y est, je suis des leurs.

Tout commença lorsque je sortis de ma petite maisonnée, affublée de deux valises  savamment pesées, de mon sac à main qui déborde de tout coté, avec un sac en tissus qui pend sur  mes bagages. Bonjour, j’immigre, acceptez moi dans votre pays  s’il vous plait.  (Sans avoir à payer de kilos supplémentaires si possible)

J’ai réalisé que je partais lorsque j’ai dit au revoir à mes parents à la douane.  Vous allez penser que j’ai été bercée aux films romantiques et que l’aéroport symbolise dans mon esprit de jeune fille en  fleur le moment des adieux déchirants.  Eh non raté, je n’ai pas de cœur. Même si j’étais triste,  j’ai surtout ressenti un soulagement de pouvoir enfin recouvrir cette liberté lâchement abandonnée il y a 5 mois.

Non, si mon cerveau a enfin compris que je me faisais la malle, c’est à cause de cette impression de vulnérabilité qui m’a envahie,  au fur et à mesure que je disparaissais dans les profondeurs du hall d’aéroport.  Ça y est,  moi et mon passeport, on est seuls au monde et on doit assumer toutes les responsabilités qui nous incombent : Ne pas être expiré, ne pas se perdre dans le bazar de mon sac,   passer à la douane,  ne pas perdre son billet ni ses documents de visa, ne pas oublier un de ses nombreux  sacs d’immigrée en transit sur une chaise d’aéroport….. .. hum, Maman reviens s’il te plait.

Finalement, tout s’est très bien déroulé , et  plus parce qu’affinités. En effet, grâce à mon cousin,  J’ai visité l’antre secrète des pilotes, là où des drames se jouent et où  des terroristes se faufilent à leurs heures perdues : Le cockpit. A prononcer avec une voix solennelle, même si (merci vincent bénêche) ce mot a une signification autre pour quelques anglophiles portés sur la chose .  Ce fut une expérience incroyable mais pour des  questions de confidentialité, je ne peux vous en toucher mot sur un support public. ( Là, vous allez croire que les pilotes font des grosses orgies dans le cockpit alors que l’avion avance en pilotage automatique, mais encore désolé, je ne suis pas en mesure de vous éclairer sur ce point )

Après 7h30 de vol, une bonne heure de contrôle douanier,  Montréal s’offre enfin à moi.  Pour l’instant, je n’ai pas fait grand-chose, à part m’installer dans le douillet petit appartement que je partage avec ma coloc’ d’amour Nathalie  .  Le premier soir, on est allées voir un concert génial de Ms Mr au café campus, un groupe pas encore très connu qui mérite le détour .  Je me suis couchée à 7h du mat, heure française, après une journée entière de voyage sans dormir.  Quand ça vaut le coup, je sais m’improviser insomniaque !

Montréal a l’air vraiment sympathique, une ville dans laquelle on a envie de se perdre et de ne jamais retrouver son chemin. Mais je suis arrivée il y a très peu de temps,  et comme  je suis quelqu’un de bien et que je ne juge pas aux apparences ,je m’arrête ici.

Montréal souterrain - centre de commerce mondial

Montréal souterrain – centre de commerce mondial

Magasin de froyourt -Nath et Marie

Magasin de froyourt -Nath et Marie

Ma rue

Ma rue